Notre-Dame du monde

L'académicien Jean-Robert Pitte a publié le 16 avril 2019 une tribune, à la suite de l'incendie de Notre-Dame de Paris. Il voit dans sa future reconstruction la possibilité de renouer avec l'espoir, et le goût de l'avenir. Car "d'un mal peut naître un grand bien".

 

 "Il est de terribles moments d’histoire qui remettent les pendules à l’heure. C’est un électrochoc qui a frappé hier la planète entière, un peu comme l’attentat du 11 septembre 2001, à la différence près que ce dernier avait fait 2977 victimes et qu’à Paris, en ce funeste 15 avril 2019, grâce au talent des sapeurs pompiers, aucune victime humaine n’est à déplorer. Le Président de la République l’a déclaré aussitôt : Notre-Dame sera reconstruite.

Pour les chrétiens, la coïncidence est saisissante avec la Semaine Sainte, celle de la passion de la mort et de la résurrection du Christ.   « Détruisez ce temple et en trois jours, je le rebâtirai » (Jn, 2, 19) avait dit Jésus. Pour les croyants, ce n’est pas un monument de pierre qu’il évoquait, mais sa nature humaine, le corps de Dieu qui, lui, demeure à jamais vivant dans l’Eucharistie dont l’institution sera célébrée jeudi prochain. Toute œuvre humaine est périssable, seul l’amour ne passe pas et ne passera jamais.

L’incendie de Notre-Dame de Paris a donné naissance à un torrent de témoignages d’amour de la France et de ce qu’elle représente dans l’histoire de la beauté et de la spiritualité. Il est certain que dans un élan magnifique des donateurs du monde entier permettront à la cathédrale de renaître de ses cendres. D’où qu’il vienne, l’argent collecté sera transfiguré par la cause et deviendra sacré. Plus que jamais, Notre-Dame appartiendra à l’humanité, ce qui constitue le sens même d’une inscription par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial.

 

Mais au-delà, les Français sauront-ils tirer les leçons du drame ?

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Le témoignage chrétien est attendu

Dans la dernière Lettre des Semaines Sociales de France, le socio-économiste Bernard Perret donne une intéressante analyse de la crise de sens que nous connaissons. Et dont le mouvement des Gilets Jaunes serait la dernière expression en date.

 

 Bien des observateurs soutiennent que le mouvement des Gilets jaunes n’a pas été seulement alimenté par la précarité sociale et la baisse du pouvoir d’achat mais par un sentiment répandu de solitude et de manque de fraternité dans la société française. Qu’en pensez-vous ?

Bernard Perret. Oui, la solitude est bien en cause : cette « solitude pavillonnaire », aux lointaines périphéries de nos villes et dans la France rurale. L’isolement géographique, l’étiolement des liens sociaux rendent d’ailleurs les petites gens plus dépendantes de leur pouvoir d’achat, de leur voiture, du prix du carburant et de toutes sortes de dépenses contraintes que le déficit en liens sociaux, avec la famille ou le voisinage, ne leur permet plus de compenser.

Il s’est passé chez les Gilets jaunes, réunis sur les ronds-points, quelque chose de l’ordre de la redécouverte de l’autre. Face à la société qui isole, les gens se sont rendu compte qu’il était bon d’être et d’agir ensemble. C’est là un phénomène connu dans tous les mouvements collectifs et, singulièrement, lors des longues grèves ouvrières : à partir du moment où les manifestants sortent les barbecues et les merguez, comme me le faisait remarquer un jour un expert du social, « on est certain que la protestation va durer » ! Les Gilets jaunes vivaient des choses dont ils n’avaient plus envie de sortir parce qu’ils se découvraient bien ensemble. Cela en dit long sur l’atomisation généralisée, l’individualisation de nos modes de vie.

 

Parleriez-vous d’une « crise de sens » ?

Oui, et qui débouche parfois sur la tentation de se trouver des boucs émissaires, selon l’analyse du philosophe René Girard. Car la face sombre des Gilets jaunes est apparue avec le « dégagisme », le « Macron démission », le rejet des élus et des médias. Je vois dans ce mouvement la tentation permanente des sociétés humaines, quand la confiance s’efface, de se recréer une unanimité sur le dos de quelqu’un. C’est alors que survient le risque de la violence.

 

Des mesures de redistribution seront-elles de nature à apaiser les esprits ?

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Liberté et laïcité, les religions en équilibre

Si les chrétiens montrent des réticences à afficher leur foi dans l’espace politique, juifs et musulmans revendiquent une plus grande liberté, tout en s’exposant aux mêmes critiques et aux mêmes soupçons.

 

  Les élus qui affichent leur foi catholique ne sont pas les seuls à se retrouver au centre de polémiques, ou à se voir soupçonner de ne pas respecter les principes de la laïcité. Peu après les élections législatives de 2017, on se souvient par exemple du tollé suscité par la députée (LREM) de Mayotte Ramlati Ali, arrivée à l’Assemblée nationale un foulard sur la tête, qu’extrême droite et militants laïques avaient aussitôt dénoncé comme un voile islamique. Non seulement l’élue s’en était défendue en expliquant qu’il s’agissait d’un traditionnel « châle mahorais », mais encore avait-il fallu rappeler que les parlementaires, à la différence des fonctionnaires, ne sont nullement astreints à un devoir de neutralité, et ont tout à fait le droit de porter des signes religieux.

 

 « La République est laïque mais assure la liberté de conscience »

 

À la même période, le député (UDI) Meyer Habib s’était lui aussi attiré les foudres de mouvements laïques. L’élu des Français de l’étranger, qui revendique sa foi juive, avait en effet remercié Dieu pour sa réélection par une bénédiction en hébreu. Un geste qu’il ne regrette absolument pas. « En tant que croyant, je considère que rien n’est hasard et qu’il y a toujours une part de divin », explique-t-il à La Croix. « J’assume mon judaïsme : la République est laïque mais assure la liberté de conscience, c’est-à-dire la liberté de croire ou de ne pas croire », insiste Meyer Habib en se désolant que « de nos jours, croire en Dieu est de plus en plus perçu comme ringard. »

De même, et bien qu’il n’y ait pas de musulman revendiqué au Parlement,

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Une Europe en incertitude...

L'assemblée plénière de printemps des évêques de France a lieu du 2 au 5 avril, à Lourdes. Le 2 avril 2019, dans son discours d'ouverture, son Président, Mgr Georges Pontier, a esquissé un état de l'Europe a la veille des élections du 26 mai prochain.

  " Dans deux mois auront lieu les élections européennes. Ici encore le climat ambiant s’est obscurci. La sortie des Britanniques de l’Union européenne, la montée des populismes très critiques envers Bruxelles, la question des migrants dans plusieurs pays, le débat sur les compétences confiées au Parlement et à la Commission européenne et sur celles que doivent conserver les Etats membres seront bien sûr décisifs. Les difficultés qu’éprouvent le gouvernement et les parlementaires du Royaume-Uni à se mettre d’accord sur les conditions du Brexit, le fait même que 3 ans après le référendum, le Brexit soit décalé, l’incertitude où nous sommes encore de savoir s’il aura lieu, le risque d’un Brexit sans accord, tout ceci indique à tous les Européens continentaux que quitter l’Union est un saut dans l’inconnu et qu’il y a énormément à perdre à se séparer des autres.

Après des décennies d’avancées et de confiance en l’Europe, voici que nous sommes entrés dans une période de turbulences, voire de repli sur soi et de peurs diverses. Les tendances nationalistes progressent et la notion de Bien commun européen n’est plus évidente. Beaucoup d’ignorances au sujet de l’Europe et tout autant de faussetés affirmées parfois même par des responsables politiques font peser un doute sur le bien-fondé du projet européen.

Il n’est pas rare que l’on pense à l’Europe en voyant d’abord les intérêts nationaux, sans prendre en compte la perspective du moyen ou du long terme et du Bien commun européen. L’Europe a besoin de retrouver un élan nouveau. Une réflexion sur le Bien commun européen peut être une utile contribution au débat actuel. Il ne se réduit pas à un marché commun ni à la prospérité économique que la construction de l’Europe a permis d’accélérer. La déclaration du Conseil permanent rendue publique voici une semaine apporte sa contribution à cette réflexion.

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L'Europe en question, quel regard de l'Eglise ?

Mgr Antoine Hérouard, Evêque auxiliaire de Lille, est le représentant de la Conférence des Evêques de France à la COMECE. Tout au long des mois de mars et avril 2019, il donne un cycle de conférences sur l'Europe, en vue des élections de mai. En voici la ligne directrice.

 

 "Il est banal de souligner que  l’Europe n’a pas bonne presse : elle semble lointaine,  technocratique, souvent inefficace. Elle paraît incapable de définir des politiques communes, comme sur la question des migrants et des réfugiés. La défense des seuls intérêts nationaux sans recherche d’un bien commun européen et la montée des diverses formes de « populisme » rendent l’Europe responsable de bien des maux et des déficiences des gouvernements.

Si avec le Brexit, c’est la première fois qu’un pays européen quitte l’Union, c’est sans doute aussi la première fois où l’enjeu des élections au Parlement européen peut permettre dans les différents pays une vraie thématique européenne. Quelle Europe voulons-nous pour demain ? Il ne suffit pas de critiquer les insuffisances, les lourdeurs bureaucratiques ou les échecs de l’Europe sans s’interroger plus profondément sur ce qui en est la cause : par exemple, dans la crise migratoire et ses conséquences, est-ce les institutions européennes qui n’ont pas fonctionné ou l’égoïsme des états membres qui n’a pas permis de définir une politique commune et des responsabilités partagées ?

Ces questions d’ordre politique, intéressent et concernent aussi l’Eglise dans sa mission propre. C’est vrai d’abord au niveau historique dans l’engagement en faveur de la Paix dont nous voyons toujours la fragilité, particulièrement en cette année du centenaire de la fin de la première guerre mondiale où nous nous souvenons des millions de morts qu’elle a entraîné, comme une saignée béante pour notre continent. Si la Paix semble aujourd’hui acquise pour les jeunes générations, rappelons-nous que la guerre est aussi à notre porte (hier dans les Balkans, aujourd’hui en Ukraine…).

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